Il y aura toujours une pelle au vent dans les sables du rêve. (André Breton : Les états généraux 1943)

À peine le temps…

À peine le temps de battre des paupières et demain, déjà, nous tire par le menton. Tout est en place pour les pires conditions. Un peu de fard sur le visage, et l’homme est fin prêt à se propulser contre le mur des apparences dans un jeu d’ombres chinoises. Il se profile bas dans ce face-à-face haute-forme. 

À peine le temps de battre des paupières et l’homme que j’étais se projette dans un je suis à la recherche inexorable du Présent. Seuls des objets déposés ça et là selon le hasard orchestré par l’automatisme du geste me parlent d’hier et de ce que j’ai bien pu y laisser et y faire. Mémoire qui fut qui fugue sur le sentier d’une conscience fugitive, mais parfois annoncée.

À peine le temps de battre des paupières, et j’ai entrevu le cercueil qu’est mon corps allongé nu dans la poussière de l’existence. Le revers de la médaille —ce soleil vampire— aspire la chair de ma fuite. La fracture se consomme au goutte-à-goutte de ce que j’abandonne de moi-même au gré de mes recompositions.

À peine le temps de battre des paupières et mon toucher se fait cendre lors même que je crois saisir des parcelles de mon évasion. Empreintes d’un cadavre qui épouse sa vie par abandons successifs dans les tournoiements exaspérés de ses envols. Retombées insoutenables de trop de clarté lucide. Vérités effrayantes ne tolérant ni le peu ni la dichotomie mais seulement l’Un.

À peine le temps de battre des paupières et celui qui s’éveille se place à l’aurore des états multiples jusqu’à la nuit des contrées d’amont.
Morsures du petit matin dans la poitrine de l’exil



 
Fabrice PASCAUD



 
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Dernière mise à jour de cette rubrique le 27/03/2008