À peine le temps…
À peine le temps de battre des paupières
et demain, déjà, nous tire par le menton. Tout est en place pour les
pires conditions. Un peu de fard sur le visage, et l’homme est fin prêt
à se propulser contre le mur des apparences dans un jeu d’ombres
chinoises. Il se profile bas dans ce face-à-face haute-forme.
À peine le temps de battre des paupières et l’homme que j’étais se
projette dans un je suis à la recherche inexorable du Présent. Seuls
des objets déposés ça et là selon le hasard orchestré par l’automatisme
du geste me parlent d’hier et de ce que j’ai bien pu y laisser et y
faire. Mémoire qui fut qui fugue sur le sentier d’une conscience
fugitive, mais parfois annoncée.
À peine le temps de battre
des paupières, et j’ai entrevu le cercueil qu’est mon corps allongé nu
dans la poussière de l’existence. Le revers de la médaille —ce soleil
vampire— aspire la chair de ma fuite. La fracture se consomme au
goutte-à-goutte de ce que j’abandonne de moi-même au gré de mes
recompositions.
À peine le temps de battre des paupières et
mon toucher se fait cendre lors même que je crois saisir des parcelles
de mon évasion. Empreintes d’un cadavre qui épouse sa vie par abandons
successifs dans les tournoiements exaspérés de ses envols. Retombées
insoutenables de trop de clarté lucide. Vérités effrayantes ne tolérant
ni le peu ni la dichotomie mais seulement l’Un.
À peine le
temps de battre des paupières et celui qui s’éveille se place à
l’aurore des états multiples jusqu’à la nuit des contrées d’amont.
Morsures du petit matin dans la poitrine de l’exil
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Dernière mise à jour de cette rubrique le 27/03/2008