Sarane Alexandrian (1927 - 2009)


Sarane Alexandrian (15 juin 1927 - 11 septembre  2009)

Sarane Alexandrian a plié son bagage de nuages avec la dignité et la discrétion dont seule la poésie donne le ton. La poésie qui fut son fil d'Ariane, car sa vie fut poésie dans son incarnation même. Homme d'écoute, attentif à la virgule perdue de l'autre et toujours prêt à lui poser son point de connaissance, Sarane appartenait à cette famille d'Hommes avec un grand H. Surréaliste, il l'était (difficile de parler de lui au passé, déjà), un surréaliste qui a su garder une attitude cohérente sans pour autant s'installer dans le dédale d'une nostalgie sclérosante. Comme il se plaisait souvent à le dire lors de nos conversations : « Le surréalisme à la papa, ça suffit ! » le tout appuyé de son regard rieur qui en disait plus long que tous les grands discours.

Sa disponibilité m'a toujours touché. Sa présence à mes côtés, lors d'une conférence sur André Breton que j'avais donnée il y a quelques années, avait été d'une discrétion totale. Il avait répondu spontanément à mon invitation avec cet élan du cœur dont seule l'enfance est capable. Sarane c'était aussi le regard, la curiosité et la spontanéité de l'enfant qui rêvait sans cesse en lui. Ses piques et ses répliques cinglantes réorientaient vers le Grand Nord alchimique. Sarane le passionné d'Hermétisme, d'astrologie, d'alchimie parce qu'il n'avait jamais perdu de vue la quête du « point sublime» dont parlait André Breton dans le « Second manifeste du surréalisme », ce lieu de résolution des antinomies. Supérieur Inconnu, la revue qu'il a créée et dirigée est ce creuset dans lequel se « précipitent » les différents courants de connaissance et sensibilité.

J'ai eu le bonheur de lui parler par téléphone, il y a peu. De son lit d'hôpital, il corrigeait les épreuves du prochain numéro de Supérieur Inconnu et me confiait ses projets futurs sans oublier de me questionner sur les miens, toujours si attentif à l'autre.


Sarane Alexandrian l'homme merveilleux du Plutôt la vie/ avec ses draps conjuratoires/ et ses cicatrices d'évasion.

Au revoir, Sarane, nous restons encore un petit nombre à tenir le fil que vous avez su transmettre.

Émission avec Sarane Alexandrian, ici

Conférence en ligne, ici

Communiqué de presse, ici

Fabrice Pascaud

 

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Commentaires (3)

1. Arcane 17 16/09/2009

@ Charles : absolument. C'est ainsi que demeure la vigilance de l'état d'éveil vers Les terres fortunées du songe

2. André (site web) 16/09/2009

Le plus bel hommage que nous puissions rendre à un auteur n'est pas de rester attachés à la lecture de ses pages, mais plutôt de cesser inconsciemment de lire, de reposer le livre, de le méditer et de voir au-delà de ses intentions avec des yeux neufs.

Charles Morgan

Vous l'avez fait sans doute plus d'une fois Fabrice.

3. Dominique (site web) 13/09/2009

Bel hommage, Fabrice, de ta plume, et j'ignorais (même si je m'en doutais un peu quand tu l'avais déjà évoqué il y a quelques semaines) que tu le connaissais vraiment.

Crois bien que le "petit nombre à tenir le fil" du surréalisme grandira immanquablement, malgré les oppositions du temps ombrageux.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau