Notre enfant de nuit


©Jennifer Pellé

Je porte en moi mes enfants de nuit que même les étoiles jalousent. Indifférents au regard du monde, je les vois grandir et bousculer les sommets avec une arrogance rieuse. L’espace s’écarte à leur approche car trop incertain de pouvoir les accueillir avec tous les honneurs dus à leur splendeur.

Je porte en moi mes enfants de nuit et je sens battre à leur suite le cœur tendre de mon amour. Non pas “mon” amour mais “ton” amour. Aussi forte que la mer cherchant la caresse du vent. Carlo Suares me susurre : "(…) mais comment être deux lorsqu’en soi-même on est seul ? Nous devons par notre amour nous enrichir, et faire que nous soyons complets. C’est pour nous retrouver, “mon amour”, que nous devons comprendre."

Je porte en moi mes enfants de nuit qui clâment avec tonnerre la lâcheté de ma vie terreuse. Pourquoi tant de meutes criardes lancées à la poursuite du silence des loups ? Seule la nuit dans son tampon d’encre sait conter la calme complainte des itinérants aux buts étranges.
Je porte en moi ton enfant de nuit qui me parle la langue de ta liberté faite enfant parce qu’elle a toujours été ainsi. L’enfance c’est la part de liberté que l’adulte abandonne à sa propre histoire. Un petit doigt se dresse et suit avec précaution la cicatrice du temps le long de mon front. Quelle troublante impression que de sentir vivre nos plaies intérieures le long de nos rides que d’aucuns disent expressives.

Je porte en nous notre enfant de nuit qui dort, car le marchand de sable est passé… et le sable rêve l’enfant.

Fabrice PASCAUD



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