Nadja de Nunzio d'Annibale

L’appel à l’irrespect envers ceux que l’on aime que lance Nunzio D’annibale dans son enregistrement sonore est une invitation qu’on ne saurait refuser. Nadja et Sade s’y rencontrent dans une tessiture à la fréquence hantée. Hantée ? Mais qui suis-je pour parler de cette possession ? Nadja et Sade. Pouvait-on rêver plus saisissante rencontre ? Seuls les corridors du songe ouvrent l’impossible sur le réel intérieur. Nunzio D’annibale l’affirme en faussant les empreintes de sa pensée qui imprime la surface de ce qui est à venir. Son inscription forcée sur la pierre du matérialisme pour s’opposer au pôle magnétique se perd dans un écho où l’on a peine à percevoir un bruissement de retour. On ne brandit pas impunément l’étendard du matérialisme sans aussitôt se heurter à la bonne charpente de la dialectique… Belle rêveuse que cette dernière qui sait si bien tirer le tarot tout en dressant l’inventaire des révolutions évanouies. Mais le piège demeure dans la voix même de celui qui conjure ses rendez-vous. N’habite pas la maison de verre qui le désire…
Le pas heurte la pensée comme le hoquet d’un « mais » trop bien digéré. Mais… Mais… Conjuration qui ouvre le passage comme un souffle incantatoire. Les noms sont lâchés ou se lâchent d’eux-mêmes, allez savoir. Sollers. Kundera. La référence cible le centre du mot littérature sans jamais l’atteindre. Quel mauvais coup du sort qu’on se plairait à jeter par la fenêtre. L’âme pérégrine et creuse sa propre tombe dans la foi « en l’immortalité du corps » de Joyce. Quelle curieuse idée que voilà. L’immortalité. L’immortalité, et après ?
Il y a du devancement dans ce propos. L’auteur se précède dans l’espoir de ne rien céder au temps qui va on ne sait où. La lecture du bottin offerte en pierre angulaire trouvera-t-elle oreille attentive ? Admettons. À propos d’oreille. La sentence tombe comme un reproche que l’on cherche désespérément à faire sans jamais trouver la bonne formule : la bêtise à trop transfigurer la femme si chère aux surréalistes. La conjuration par l’opposition au tout « bémolise » la partition afin d’adoucir la cacophonie du poncif. La toque misogyne dont s’affuble l’auteur ne saurait donner le change. C’est là qu’intervient le drame — sans vouloir flatter son auteur — le drame de la phrase ; de la LITTERATURE justement ! Trop d’autres voix interviennent à ce moment précis. Trop de défilés de lettres que l’on suit à la même enseigne. La page blanche teinte la voix et se pique au mot pour mieux maudire l’espace du dedans.
Non ! on ne répond pas à Nadja par une œuvre à part entière ou entièrement à part. Nadja est et demeure au-delà du langage. L’esprit de l’air se dérobe de lui-même et gonfle les voiles d’un papillon de mai. Nadja questionne sans attendre de réponses.
Reste la plume de Sade avec laquelle je me plais à rêver.

C’est à cet instant précis qu’il faudrait se taire, mais d’autres voix s’élèveront…

Fabrice Pascaud



Pour écouter l'enregistrement de Nunzio D'annibale : ici



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