Mise au point

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Mise au point

L’aurore ne dissipe en rien la foulée nocturne, celle-là même qui nous porte dans les brumes de l’enchantement. Un battement de cils à peine prononcé invite à recomposer les mélopées du silence. Frémissements de l’air, étreintes du vent, trémolo de la mer, tout se conjugue au futur hanté rieur. Faire claudiquer le temps pour rompre la cadence du destin, sentir le frôlement du signe comme une réalité évanouie, et tisser la trame du jour sur la portée de l’imaginaire.

Le surréalisme ne saurait s’inscrire dans le jeu des conséquences rattaché à une prétendue cause. Dans ce canevas sans cesse décousu, se perdre à la trace semble être la meilleure attitude pour échapper à ce cycle — improbable à mes yeux. L’ombre portée doit rester à la mesure du rêve sans jamais perdre de vue la ligne d’horizon qu’il nous faut réinventer à chaque instant. C’est là que se manifeste le surréel ô combien complexe à percevoir et à saisir. La puissance du désir, toute corde tendue, telle la harpe de l’inconnu, m’appelle à rester sur le qui-vive, à tout attendre de l’instant. Cet instant dont les charmes, les sortilèges tissent le voile transparent de ma présence au monde.

Comme j’aime à le répéter, le surréalisme fut pour André Breton son absolum, autrement dit son grand œuvre, sa pierre philosophale. Cela ne m’apparaît ni irréel ni irrationnel, mais bien réel. « C’est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires, l’existence est ailleurs » c’est en ces termes qu’il conclut Le Manifeste du surréalisme (1924).

Cette belle dialectique de l’ailleurs comme lieu d’existence n’est-elle pas le creuset dans lequel se rencontrent puis se fondent les forces vives de la poésie desquelles jailliront les plus belles étincelles de la liberté et de l’amour ? Se pose la question du lieu de cet ailleurs. Se situe-t-il en un certain point sublime de l’esprit ? En un point situé sur la montagne ? Les deux selon toute vraisemblance, je veux le croire et persiste.

Là où un monde dit virtuel dessine en creux une hypothétique présence, j’invoque la manifestation du fantôme à qui je demande de me mettre dans ses beaux draps, fussent-ils défaits par trop de désirs cachés derrière les dunes du ciel. Ce point qui me hante ne saurait être un refuge, une retraite où l’abîme le disputerait à l’espoir, l’immanence à la transcendance. Il est ce qui m’anime dans mes tréfonds, ce qui cautérise ma blessure d’être dès que l’aube paraît sur la jetée de la nuit.

Arracher le masque de l’ombre pour percer à jour cette lueur en moi qui me tourmente en ce point de résolution où la vie est telle que je la rêve. Ce rêve que nul ne peut me dérober mais qui se dérobe sans cesse dans un appel permanent à être en devenir.

C’est dans cette émotion appelée poésie, si chère à Pierre Reverdy, que se ressourcent les puissances de vie que le surréalisme tient en alerte comme une chevelure aux flammèches d’or battue par le vent. Il nous revient la tâche de tenir ce flambeau à hauteur d’homme là où gronde le tonnerre d’une révolte inaliénable. À l’unisson des palpitations d’un cœur de foudre sur l’autel de ses propres recompositions.

 

Fabrice Pascaud

P.S. (Ce texte est ma réponse à une enquête dont la question, assez curieuse, était : Quelles conséquences tirez-vous du surréalisme ? Cette enquête n'eut aucune suite.)

 

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Commentaires (4)

1. Breton François 30/01/2017

C'est en effet la bonne définition, du Surréalisme : j'adhère ... et c'est pas une affaire facile, que de définir le Surréalisme.
Votre définition suivante touche "la vie éternelle" :
_"C’est là que se manifeste le surréel ô combien complexe à percevoir et à saisir ... Comme j’aime à le répéter, le surréalisme fut pour André Breton son absolum, autrement dit son grand œuvre, sa pierre philosophale. Cela ne m’apparaît ni irréel ni irrationnel, mais bien réel."
Votre texte est beau comme un bilan synthétique : d'années d'"horribles travailleurs".

2. bousquet geneviève 25/10/2016

Quel beau texte ! Gageons que tous les "promeneurs insolites" qui visitent ton site resplendissant goûteront comme moi tes dons merveilleux de poète, l' intelligence synthétique dont tu as toujours fait preuve. Et comme il est délicieux de retrouver dans tes mots les mots mêmes d' André Breton comme des éclairs ici et là semés dans une trame ténue de lumière.
Merci Fabrice

3. Dominique Jourdain 25/10/2016

SUPERBE D'INTELLIGENCE ET D'INTELLIGIBILITÉ !!!
Gageons que ces lignes à haute tension inspirent en les élecrisant tous ceux qui auront la chance et le privilège de les lire.

4. arlequin (site web) 25/10/2016

Mais quel beau texte, Fabrice!
Je m'aperçois que cela fait maintenant plus de dix ans que nous correspondons.. de loin en loin.
Moi, dans l'immédiateté d'une actualité misérable, toi dans l'expression sublime de ta poésie!
A+

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Date de dernière mise à jour : 25/10/2016