Le fantôme de la liberté vient toujours avec un couteau entre ses dents


Merci à Sergio Falcone (son site) pour m'avoir transmis ce texte et à Pascale pour la traduction.


Statement of the Surrealist Group of Athens on the wave of riots in December, 2008.

The ghost of freedom always comes with the knife between its teeth

Shooting in the flesh is the high point of social oppression

All the stones removed from pavements and thrown to cops’ shields or shop-windows of the commodity’s temples; all the flaming bottles drawing orbits under the night sky; all the barricades erected on the city’s streets, separating our areas from theirs; all the bins full of rubbish of a consumerist society that the riot’s flames transformed from nothing to something; all the fists raised over the moon; these are the weapons giving flesh and real power, not only to resistance, but freedom, too. It is this feeling of freedom that only deserves to bet on in these moments: the feeling of forgotten mornings of our childhood, when everything can happen because it is us, as creative human beings, that have awaken up, not the future productive human-machines of the subordinate, the trainee, the alienated worker, the private owner, the family man. It is the feeling of confronting the enemies of freedom - not fearing them anymore.

So, everyone who wants to continue minding their own business, as if nothing is happening, as if nothing has ever happened, has serious reasons to be disquieted. The ghost of freedom always comes with the knife between its teeth, with the violent mood to break every chain that reduces life into a miserable repetition, useful for the dominant social relations to reproduce themselves. Since Saturday the 6th of December no city in this country functions normally: no shopping therapy, no free roads to reach our workplaces, no news about government’s next recovery initiatives, no carefree zapping among lifestyle TV shows, no night drives around Syntagma square and so on. These nights and days do not belong to shop owners, TV commentators, ministers and cops. These nights and days belong to Alexis!

As surrealists, we have been out in the streets from the very first moment, together with thousands rebels and other people expressing their solidarity, because surrealism has been born by the street’s breath and does not intend to abandon it. After the massive resistance to state murderers, street’s breath is even warmer, even more hospitable and even more creative. Proposing a direction to this movement doesn’t correspond to us. However, we accept full responsibility for the common struggle, because it is a struggle for freedom. Without being obliged to agree with every expression of such a massive phenomenon, without being partisans of blind anger or violence for its own shake, we consider this phenomenon’s existence right.

Let’s not let this flaming breath of poetry to just defuse or die!

Let’s convert it into a certain utopia: the transformation of world and life!

No peace with cops and their bosses!

Everybody in the streets!

Whoever cannot understand the rage can just shut up!

Surrealist group of Athens, December 2008

 

TRADUCTION

Le fantôme de la liberté vient toujours avec le couteau entre ses dents

Tirer dans la chair est le haut point d'oppression sociale

Toutes les pierres enlevées des trottoirs et jetées aux boucliers des flics ou sur les vitrines des temples de la marchandise ; toutes les bouteilles flambantes tirant les orbites sous le ciel de nuit ; toutes les barricades érigées dans les rues de la ville, séparant nos régions des leurs ; toutes les poubelles pleines des ordures d'une société de consommation à outrance si bien que les flammes de l'émeute sont transformées de rien en quelque chose; tous les poings levés vers la lune;

Ceux-ci sont les armes donnant chair et réel pouvoir, non seulement à la résistance, mais à la liberté, aussi. C'est ce sentiment de liberté qui mérite seulement d’être parié dans ces moments : le sentiment des matins oubliés de notre enfance, quand tout peut arriver parce qu'il est nous, comme des gens créateurs qui  se sont réveillés, pas les futures machines humaines productives du subalterne, le stagiaire, l'ouvrier aliéné, le propriétaire privé, l'homme familial. C'est le sentiment d'affronter les ennemis de la liberté – non la crainte d'eux désormais.

Ainsi, tous ceux qui veulent continuer à maintenir leur propre business, comme si rien n'arrive, comme si rien n’est jamais arrivé, ont de sérieuses raisons  de s’inquiéter. Le fantôme de liberté vient toujours avec le couteau entre ses dents, avec l'humeur violente de vouloir casser chaque chaîne qui réduit la vie dans une répétition malheureuse, juste utile à se reproduire pour les classes sociales dominantes. Depuis samedi  6 décembre aucune ville dans ce pays ne fonctionne normalement : plus aucun shopping, aucune route libre pour atteindre nos lieux de travail, aucune nouvelle des prochaines mesures du gouvernement, aucun insouciant zappant les émissions de télévision, aucun conducteur nocturne autour de la place Syntagma… Ces nuits et jours n'appartiennent pas aux propriétaires de magasin, aux commentateurs de TV, aux ministres et aux flics.
Ces nuits et jours appartiennent à Alexis !

En tant que surréalistes, nous avons été dans les rues au tout premier moment, ensemble avec des milliers de rebelles et d’autres personnes exprimant leur solidarité, parce que le surréalisme est né du souffle de la rue et n'a pas l'intention de l'abandonner. Après la résistance massive pour exposer des meurtriers, le souffle de la rue est encore plus brûlant,  plus hospitalier et encore plus créateur. La proposition d'une direction à ce mouvement ne nous correspond pas.
Cependant, nous acceptons la pleine responsabilité de la lutte commune, parce que c'est une lutte pour la liberté. Sans être obligé d’être d'accord avec chaque expression d'un phénomène si massif, sans être les partisans d’une colère aveugle ou de violence pour sa propre secousse, nous considérons le droit d'existence de ce phénomène.
Ne laissons pas ce souffle flambant de poésie se désamorcer ou mourir!
 Convertissons- le dans une certaine utopie : la transformation du monde et de la vie!

Aucune paix avec les flics et leurs patrons !

Tous dans les rues !

Personne ne peut comprendre que la colère puisse juste se taire !

Groupe surréaliste d'Athènes, décembre 2008

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Commentaires (3)

1. sergio falcone (site web) 18/12/2008

Sono perfettamente d'accordo con voi... le surréalisme intègre la réalité sans pour autant s'en satisfaire, d'où sa position révolutionnaire permanente.

2. Arcane 17 18/12/2008

Non, même sur le pavé, un surréaliste reste un surréaliste et ses options le demeurent aussi… puisque le surréalisme intègre la réalité sans pour autant s'en satisfaire, d'où sa position révolutionnaire permanente.

3. Dominique Hasselmann (site web) 18/12/2008

Les surréalistes grecs dans la rue, c'est une option réaliste : "et pourtant, ils existent" !

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