Le déshonneur des poètes de Benjamin Péret

Benjamin Péret insultant un prêtre 1926
© Jack Erickson Jackpaints.com

 

Si l’on recherche la signification originelle de la poésie, aujourd’hui dissimulée sous les mille oripeaux de la société, on constate qu’elle est le véritable souffle de l’homme, la source de toute con-naissance et cette connaissance elle-même sous son aspect le plus immaculé. En elle se condense toute la vie spirituelle de l’humanité depuis qu’elle a com-mencé de prendre conscience de sa nature ; en elle palpitent maintenant ses plus hautes créations et, terre à jamais féconde, elle garde perpétuellement en réserve les cristaux incolores et les moissons de demain. Divinité tutélaire aux mille visages, on l’appelle ici amour, là liberté, ailleurs science. Elle demeure omnipotente, bouillonne dans le récit mythique de l’Esquimau, éclate dans la lettre d’amour, mitraille le peloton d’exécution qui fusille l’ouvrier exhalant un dernier soupir de révolution sociale, donc de liberté, étincelle dans la découverte du savant, défaille, exsangue, jusque dans les plus stupides productions se réclamant d’elle et son souvenir, éloge qui voudrait être funèbre, perce encore dans les paroles momifiées du prêtre, son assassin, qu’écoute le fidèle la cherchant, aveugle et sourd, dans le tombeau du dogme où elle n’est plus que fallacieuse poussière. La suite…

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Commentaires (2)

1. vittoria (site web) 25/03/2009

dommage ce coeur que ne connaît pas la douce et passionnée blasphème de poésie: ne sait rien! rien de rien!!

2. Jean-Jacques Fourmond 25/03/2009

Benjamin Péret incarne ce qu'il y a d'irréductible dans le surréalisme : le refus du "donné", la révolte contre l'ordre social, le mépris pour toute forme de compromis. Aucune différence entre son engagement aux côtés des militants anarchistes du P.O.U.M. pendant la guerre d'Espagne et son œuvre poétique. Rien ne résume mieux son attitude morale que le titre de l'un de ses plus fameux recueils : "Je ne mange pas de ce pain-là."
On a souvent réduit "Le Déshonneur des poètes" à sa dimension polémique. Certains n'ont voulu y voir qu'un règlement de compte entre Péret et les poètes dits "de la Résistance" alors qu'il s'agit du plus vibrant appel à la vie qui ait sans doute jamais été écrit.

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