La subversion des images


La nébuleuse 1939 (Raoul Ubac 1910 - 1985)

De la subversion du regard au rétablissement des valeurs marchandes.


Quelques considérations sur l’exposition « La subversion des images » qui se tient actuellement à Beaubourg. La présence de raretés y est manifeste, notamment « Portes » de Georges Sadoul, un roman populaire en forme de cahier collages dans lequel souffle indéniablement l’esprit surréaliste. Des photos — que personnellement je ne connaissais pas excepté celle reproduite dans le livre d’André Breton : « L’amour four » — de l’Ondine qui montrent Jacqueline Lamba dans son ballet aquatique, plus quelques autres petites merveilles à découvrir. Mais, hélas, l’intérêt croule sous un quantitatif qui retire toute pertinence au thème de l’exposition. On se demande, assez fréquemment, où se situe en (sur)réalité la subversion ! Certes, on pourrait objecter que le titre est en lui-même évocateur « la subversion des images » et non « l’image subversive », mais ce serait trop vite oublier la précision apportée par le commissaire de l’exposition Clément Cheroux qui n’hésite pas à parler de « L’esprit subversif des surréalistes à Beaubourg » dans une vidéo où il décrypte — sans omettre le poncif — la photo montage « Je ne vois pas la femme cachée dans la forêt. » Vidéo ici.
Autant dire que la lassitude m’a très vite gagné. Être plus sélectif dans le choix de l'objet et non vouloir à tout prix couvrir une superficie, voilà ce que les expositions à présent confondent, c’est bien là le signe de notre époque, ce toujours plus pour en arriver à la négation même de la volonté initiale, volonté vite pervertie par les enjeux et manigances des uns et des autres… On aura beau jeu de taxer ce commentaire de la plus totale subjectivité, et alors ! rétorquerai-je, la subjectivité a le droit de parole et de surcroît lorsqu’il s’agit de création ! Mais passons.

Mais le bouquet est toujours au final. La lassitude cède sa place à la colère lorsque l’on pénètre dans le dernier espace avant la sortie, où sont projetés les films de Luis Bunuel. Sur le dernier panneau d’explication, on peut lire l’intitulé suivant : Du bon usage du surréalisme. Merveille (!) de la manipulation et du détournement au profit de la société bien pensante. Dans cet ignoble texte, il est précisé que certains surréalistes ont ouvert le chemin vers la publicité pour en définitive faire du surréalisme un art populaire. Les bras m’en seraient tombés si le désir de balancer mon poing sur la figure de l’auteur de ces lignes n’avait été le plus fort ! Ainsi, le surréalisme est une fois de plus réduit à sa forme que d'aucuns nomment esthétique au détriment de son contenu révolutionnaire, pour ne pas dire subversif, le comble en la circonstance.

Bien naïf je suis. Qu’attendre d’autre de notre époque et d’une exposition dans un cadre institutionnel ? Indiquer que certaines photos peuvent choquer la sensibilité des jeunes visiteurs transforme en pétard mouillé la mèche de la dynamite subversion. Le stupéfiant image dont parlait Aragon (avant de devenir l’ardant porte-parole du réalisme socialiste) est ainsi conjuré pour maintenir les consciences sur la route balisée du tout culturel.


Je reste cependant sous les charmes de La nébuleuse de Raoul Ubac et c’est là que se tisse le fil à tenir, celui d’une révolte permanente en soi et définitive. La subversion en somme.

Fabrice Pascaud

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Commentaires (7)

1. aubert etienne 04/01/2010

Bonjour messieurs et bonne année.
A l'occasion de cette exposition que je ne suis pas allée voir, auriez vous vu exposé les collages de Georges Hugnet dadaïste et surréaliste ??? Merci de m'informer. Bien à vous, Etienne A

2. Arcane 17 05/10/2009

@ François-René : pour certains, c'est intentionnel, vraisemblablement. Pour d'autres, malgré une bonne volonté de départ, ils aboutissement, hélas, au même résultat faute d'une réelle compréhension de la portée initiale du surréalisme.

3. François-René Simon 05/10/2009

Tout à fait d'accord avec ton commentaire, cher Fabrice. Contrairement à leur propos, les études sur le surréalisme n'aboutissent qu'à le vider de sa substance. Serait-ce l'intention de ceux qui les mènent ?
BAT/FRS

4. François-René Simon 05/10/2009

ça marche ?

5. Arcane 17 04/10/2009

@Dominique : bien sûr, mon commentaire n'engage que moi et n'a pas vocation de se poser en censeur.

6. Dominique Hasselmann (site web) 04/10/2009

Je ne me suis pas pressé pour aller voir cette expo car, au vu du titre ronflant, je me méfiais un peu : c'est comme les expos sur les graffiti dans les palais nationaux !

Là, tu as relevé, dans une critique subjective (mais si l'on attend "l'objectivité" d'un Jean Clair...) et donc pénétrante les incohérences et les contresens que semble véhiculer ce rassemblement héréroclite.

J'irai quand même le voir par curiosité et pour les quelques diamants qui doivent quand même luire dans l'obscurité officielle et apparemment "rasoir" (comme dirait Bunuel).

On en reparlera !

7. Patrick 04/10/2009

Merci pour votre site et votre critique que je partage entièrement. Mais les mauvaises surprises de ce genre ne manqueront pas encore

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau