À la mise à jour de nos beaux effets de nuit…

Se taire. Ne rien voir. Ne rien entendre. Faire comme si… Il m’est difficile d’adopter la posture bien connue des trois singes. Du reste, l’immobilité est aussi l’une de leur facette mais celle-ci demeure informulée.

Ce présent qui, chaque jour, nous renvoie la démesure des agissements de l’Homme courant à sa propre perte. Et encore, si cette perte était la possibilité d’une réinvention. Mais non, rien de cela. Juste les soubresauts d’une conscience, tels les hoquets d’une beuverie mal digérée. L’éternité de l’instant si chère à Bachelard s’ouvre comme une béance face à ce monde dans lequel il nous est difficile de tracer une tangente. Laisser ses deux poings sur la table de nuit pour boxer le rêve entre les quatre cordes de nos désirs est si séduisant, voire sécurisant. Mais ce serait oublier ceux pour qui cogner le présent, le quotidien est l’unique moyen de survie, la seule pratique pour affirmer sa présence au monde.


Dans cette société où tout n’est que droit, règlements et profits la perpendiculaire de la fuite vers un exil intérieur m’appelle, me séduit. Le drame, c’est que mon propre face à face ne me sied guère…  Affronter l’extérieur est une autre histoire dans laquelle nous composons notre propre ligne en essayant de ne jamais jeter « l’encre » par les fenêtres du pragmatisme.


Sommes-nous encore nombreux à percevoir les trottoirs de l’utopie sur lesquels déambule la belle aventureuse ? Cette belle aventureuse qui vient se lover, parfois, dans l’ombre de nos pas ; la lumière du jour imposée lui étant insupportable.  Hélas, je pense que nous ne sommes plus si nombreux. Mais l’avons-nous été un jour ? Si la réponse est implicite, les énergies en revanche ne sont plus les mêmes ; la tension du désir non plus, d’ailleurs.
« La patience, c’est notre grande vertu mais c’est notre malheur, aussi. »
chantait Léo Ferré. Cette pensée résume beaucoup de choses, elle ramasse presque une bonne part de l’Histoire. Je ne sais si la patience est ma vertu. Ce que je sais, par contre, c’est la charge de malheur que contient mon regard à percevoir l’incapacité de mon voisin à Voir. En somme, il n’y a pas que le poète qui doit se faire voyant, mais l’humanité entière. Mais il est vrai, aussi, que « la poésie doit être faite par tous ».


Pour l’heure, versificateurs maladroits et prosateurs redondants déblatèrent à tout va le mot liberté qui, je l’avoue, vaut bien de chuter à nouveau d’un avion, histoire de gommer le nom de l’aimée, comme le fit jadis un certain… Mais c'est une autre histoire.

Fabrice Pascaud

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