Alain Roussel : La vie privée des mots

Auteur : Alain Roussel
Éditions de la Différence
Prix : 10€
Année : 2008

Alain Roussel n’est pas un inconnu pour certains de mes amis surréalistes. Le numéro 2 de la revue Surréalisme aux éditions Savelli 1977 (revue aujourd’hui quasiment introuvable, photo de couverture ici) avait publié un extrait de son premier livre intitulé Le texte impossible (éd. Inactualité de l’orage.1980). Ce texte m’avait fait une forte impression. Les mots devenaient chair et épousaient la sensualité d’un corps qu’il nous revenait d’inventer selon. Je ne sais si ce livre est encore disponible, mais si le hasard vous met un jour sur sa route, n’hésitez pas.

Je redécouvre cet auteur avec autant de plaisir et d’émerveillement dans son dernier livre : La vie privée des mots. Le bandeau est une mise en garde car il est vrai que les mots prennent une vie nouvelle, réinventent le monde tout en transformant leur propre réalité. Alain Roussel, une fois de plus, joue avec les mots non par le biais du calembour, mais en pénétrant leur charpente, en s’infiltrant dans chaque angle, rondeur pour mieux en restituer la couleur, l’odeur et leur obscur complot. Les mots complotent et nous n’en savons rien, c’est dire les aveugles que nous sommes ! Alain Roussel, une lampe tempête au bout de la mine, nous invite à une exploration et à une élucidation, la sienne, de la graphie, peut-être une « anthropographie » qui sait. Esprit pudibond s’abstenir car le viol est manifeste, les mots demandent à être renversés, chamboulés, bousculés, déshabillés, bref, il faut dévergonder la porte du langage. Mais ce viol est magnifique, exaltant et par conséquent tentant car cette émotion appelée poésie si chère à Pierre Reverdy, jamais Alain Rousel ne s’en sépare. Elle vibre à chaque page, et nous prend par la main pour nous réapprendre à lire. « Les mots font l’amour » disait André Breton, avec La vie privée des mots, Alain Roussel nous transforme non en voyeur mais en voyant, anonyme car, dans cet exercice, rien ne vaut le plaisir en solitaire.
Je vous conseille de tenter cette aventure quitte ensuite à commettre un infanticide par défenestration du Petit Robert.

Fabrice Pascaud

 

 

 

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Commentaires (5)

1. Soeur Marie-Josèphe, ex-concubine de Joseph Mary 13/01/2010

Ah Joseph, je reconnais bien là ta vieille hypocrisie, ébranlé de la calotte, distingué branleur de soutane, quand on voit ce que tu as fait de moi, la si jolie soubrette de sacristie, il y a de quoi rire de "mets ta physique, effarouchée", ton gros jeu de mots coquin (combien de fois l'as-tu sorti, presque à toutes les jeunes filles du village), et quand ce n'était pas aux garçons. Sache en tout cas que je suis plus belle que jamais et tu n'y auras plus jamais droit. Il y a trop de jolis impétrants!

2. Arcane 17 24/12/2009

@ Joseph Mary : mon brave monsieur le curé, restons-en à vos bénitiers et à vos crucifix et prenez garde, à la balle « retrouvée » de l'égrégore d'un anarchiste espagnol…

3. Joseph Mary 21/12/2009

Je trouve scandaleux, Monsieur, que vous fassiez référence à ce livre. Je l'ai lu par hasard, croyant avoir affaire à un traité sur l'étymologie de la langue française. Il n'en était rien. Comment peut-on écrire pareilles obscénités : "A l'église, la vieille dévote confond avec ravissement l'asthme de l'orgue avec l'orgasme". Or je suis l'humble curé d'une petite paroisse. Les "vieilles dévotes", comme l'écrit cet ignoble individu que je n'ose même pas qualifier d'écrivain, sont de ferventes croyantes qui viennent à la messe tous les dimanches et prient pour le salut des âmes, y compris la vôtre. Mais il est vrai qu'il n'y a que cela sur votre site, blasphèmes et insanités, comme ce Benjamin Péret et autres suppôts du Diable. Joseph Mary, curé, et fier de l'être.

4. Arcane 17 21/12/2009

@ Louis-Georges : Heureux de lire votre enthousiasme. Merci pour votre commentaire. Je vous invite à découvrir les autres livres de cet auteur, je pense que vous ne serez pas déçu.

5. Louis-Georges Lalande 21/12/2009

Oui, ce livre est passionnant à plus d'un titre : humour, insolence et connaissance à chaque page.La description de la jeune mariée fuyant à bicyclette les célibataires(André Breton, Paul Eluard, Arthur Cravan, Jarry, Char, Bataille, Soupault etc...) sous le regard perplexe du spectateur Marcel Duchamp qui se demande s'ils vont réussir à "mettre à nu" la belle fugitive, est savoureuse. Dommage que l'auteur ait oublié Desnos, en ce qui concerne les praticiens de la cabale phonétique. J'ai lu ce livre d'une seule traite, riant et apprenant quasiment à chaque ligne. Merci Fabrice de nous avoir fait connaître cet auteur insolite. Louis-Georges Lalande

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Date de dernière mise à jour : 30/09/2016