Éléphants de la patrie de Jimmy Gladiator

J’ai toujours pensé que nous ne sommes pas tenus de prendre systématiquement position au regard de l’Histoire, nos aînés ont eu leur heure, leurs forces et leurs erreurs. Il faut cesser d’habiter un château hanté et « d’inviter les morts à table » car dans ce cas-là « je n’y suis plus et j’y tiens mal mon rôle ». Alors, Jimmy, t’entendre dire que tu avais de la sympathie pour Jean Schuster, certes ça passe mal — compte tenu des réelles motivations qui ont conduit le sieur à vouloir dissoudre le groupe surréaliste de Paris —  mais je ne t’en porterai pas ombrage pour autant. (L’heure n’est plus à nous foutre sur la margoulette, quand bien même ai-je le désir de faire, en tout bien tout honneur, des frisettes à ta moustache.) Il y a des espaces dans la vie d’un homme où la rencontre de chair et de sang donne une autre perception des êtres et des choses. Cela dit, je ne me rangerai pas pour autant de ton côté, et ce, même si, selon ta formule, je n’étais pas encore né à cette époque (curieuse remarque qui invite à une forme d’amnésie salvatrice ou castratrice, selon). Tu ne reconnais aucune légitimité au groupe surréaliste de Paris, mais celui-ci se moque éperdument de la légitimité, et tu le sais bien.
Je déplore, comme toi, le rendez-vous manqué des surréalistes avec le mouvement anarchiste. Mais je pense aussi que la rencontre Breton Trotsky est toujours restée en travers de la gueule du drapeau noir. Voir ce dernier battre de joie à l’évocation du nom de Camus m’a toujours surpris. Quand on lit avec attention « L’homme révolté », quand même ! Oui, l’époque de la tentative de rapprochement ne fut pas la meilleure comme tu le soulignes justement, mais est-ce à dire que la pensée libertaire a cessé un beau (ou mauvais) jour d’animer Breton ? Ses relations avec le groupe Louise Michel dirigé par Maurice Joyeux attestent de l’adhésion infaillible de Breton au mouvement anarchiste. Une personne de notre connaissance, Aurélien Dauguet, (que je salue au passage) pourrait nous en dire long sur ce point… (Pour en savoir plus, ici)
Ces précisions faites, je te cède la parole.

Fabrice PASCAUD


JIMMY GLADIATOR .m...
Jimmy sur Radio libertaire




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Commentaires (3)

1. Alexandre Fatta 18/03/2009

C'est moi qui vous remercie pour ce site que j'ai découvert récemment et qui contient ce que je cherchais depuis longtemps sur internet.

2. Arcane 17 18/03/2009

Merci pour votre commentaire Alexandre dont je partage entièrement le contenu.

3. Alexandre Fatta 17/03/2009

Le fait que Breton ait été fasciné par Trotsky ne met pas en doute cette évidence qu'il était d'abord un libertaire. DE toute façon le surréalisme dépasse sa personne et s'il avait voulu dissoudre le surréalisme comme Schuster a tenté de le faire ou comme Debord a voulu le faire avec l'IS, je ne me sentirais pas moins surréaliste et je suis certain qu'il y aurait encore des surréalistes aujourd'hui. Cette idée selon laquelle on est pas "légitime" de se dire surréaliste aujourd'hui n'est basée sur rien de solide, il n'y a pas d'argument recevable qui puisse justifier cette sorte de gêne que certains ont a se définir comme surréalistes.
Je milite moi-même dans les milieux anarchistes du Québec et L'état d'esprit de ceux parmi les anars desquels je me sens le plus proche, peut être d'une certaine façon, qualifiée de surréaliste. Il n'y a pas de cloisonnement tout-à fait étanche entre anarchisme et surréalisme. (mais il y a malheureusement des façon d'être anarchistes un peu trop traditionnelles).
Pour finir sur l'idée des liens entre anarchisme et surréalisme : il y a quelques années j'ai remarqué que le surréalisme actuel est tout à fait ignoré par les universitaires (artistes ou historiens) mais que son existence (actuelle) est connue dans les milieux anarchistes. Sans m'imaginer qu'une influence à grande échelle du mouvement libertaire par les idées surréalistes est possible à court terme, je crois tout de même que c'est bon signe et que ça montre assez bien à quel point le surréalisme dépasse le cadre étroit de "l'art".

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