Quoi Israel ? "Le mythe de la genèse"

Auteur : Carlo Suarès
Éditions : Arma Artis
Année : 2007

(Liminaire de Marc Thivolet)

Quoi Israël ? Plus de soixante-dix ans ont passé depuis la sortie de ce texte qui ont fait glisser le sens du nom conféré à Jacob à l'issue de son combat "avec Dieu et avec les hommes" vers l'affirmation d'un Etat engagé dans un combat national, mené avec des moyens militaires. Cet Etat n'était encore, quand ce livre a été écrit, qu'un projet.
Quoi Israël ? est un texte oublié, contourné par ceux qui, à sa sortie, en 1935, auraient pu au moins en faire la critique. L"'urgence" primait alors, et comme toujours sur l'essentiel. Et l'urgence était la "lutte anti fasciste". Il n'entre pas dans le genre reconnu de l'essai. Sa tonalité est prophétique, autant dire qu'il demeure décalé. Il déborde de toutes parts et, pourtant, comprimé à l'extrême, il est sur le point d'éclater. Il ne présente pas de prise et n'offre de possibilité d'accès que dans le déploiement, face à lui, d'une force au moins égale à la résistance qu'il oppose. Résistance contre résistance, il y a là comme l'opportunité de faire naître une nouvelle lumière. Peut-être était-il trop tôt pour exiger du lecteur qu'il tire de lui-même la re-source qui lui est pourtant la plus propre. Aujourd'hui n'est-il pas trop tard, quant tout vise au bien-être alors que l'être, précisément, relève de l'inquiétude ?
Cet ouvrage ne peut être décrit qu'en faisant appel à des caractéristiques physiques : force, sphéricité ... Il ne peut devenir objet de croyance. Il ne demande que de la présence, tout comme le corps qui est là alors que l"'esprit" est ailleurs - et nous pouvons même affirmer que l'esprit est toujours ailleurs . Il est même identique à ses distractions, surtout quand celles-ci sont qualifiées de "spirituelles" ou "culturelles". L'esprit distrait ne peut se targuer d'avoir l'Esprit comme préoccupation, même première.
Ya-t-il un corps du présent qui ne demande que d'accéder à la présence, qui ne demande que d'être reconnu comme essence ?
Quoi Israël ? ne demande à son lecteur que d'être rassemblé. Il convient de parler du narrateur : Mahojael. Ce pseudo-personnage semble être le porte parole de l'auteur, alors que c'est l'inverse qui est vrai. Il se substitue à l'auteur, Carlo Suarès, jusqu'à lui faire dire ...
Mahojael fait partie des "générations de Caïn". Dans le texte hébreu, son nom énoncé deux fois comme ceux des "personnages" de sa lignée, fait exception en ce qu'il comporte une modification. Alors que, la première fois, il s'écrit Mem-Hett-Vav-Iod-Aleph-Lamed, la seconde fois le Vav fait place à un autre lod. Or cette : modification qui n'apparaît pas à la traduction est décisive. Ce double lod est l'équivalent de Iod-Hé-Vav-Hé, traduit ordinairement par "L'Eternel".
En Hébreu, le remplacement d'une lettre par une autre ou l'ajout d'une lettre opère un changement chez celui ou celle qui est désigné.
Ainsi Abram devient-il Abraham et Saraï : Sarah. Le Vav qui disparaît pour faire place au lod est, dans le langage courant, la conjonction de coordination "et". Il a donc, par lui-même, une fonction copulative. Celle-ci trouve son accomplissement dans le double lod : un phénomène de résonance s'établit qui, tout à la fois, distingue et coordonne.
Carlo Suarès ne connaissait pas alors le texte dans sa version originelle et ne pouvait donc méditer sur ce changement de lettre. Ce dernier l'a néanmoins projeté dans une révélation que le lecteur d'aujourd'hui peut faire sienne.

Marc THIVOLET


 


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