Ferdière, psychiatre d'Antonin Artaud

Auteur : Emmanuel Venet
Édition Verdier
Année 2006
Prix : 5,50€

L’auteur Emmanuel Venet, psychiatre de métier, tente tout au long des 42 pages de son livre de réhabiliter le docteur Ferdière. Si la tentative ne manque pas de panache, le résultat est peu convaincant. Présenté tour à tour aux prises avec ses déboires sentimentaux, ses actions humanitaires, ses désirs de devenir un grand poète, il en ressort un désolant portrait du bon docteur. Ferdière rêvait de réussir là où d’autres avaient refusé de s’aventurer plus avant : la conciliation de la psychiatrie et de la poésie. Sans doute, l’auteur à la suite de Ferdière n’a-t-il pas conscience (?) que l’acte psychiatrique et l’action poétique sont incompatibles avec la pratique de la liberté. À ceci s’ajoute la volonté de sauver du naufrage ceux qui refusent de se laisser entraîner par les remous d’un monde qui court à sa propre perte. Ainsi d’Artaud que l’auteur présente avec bien des précautions sous son aspect clinique pour aboutir à ce constat : Artaud souffrait, Artaud était malade. Seul Ferdière l’avait compris. Le diagnostic médical faisant autorité sur les motivations mêmes du sujet. (la séance d’électrochocs de trop qui faillit « assassiner » Artaud est passée sous silence). Le sacrilège se trouve, bien entendu, du côté de ses amis poètes, artistes qui fleurirent la fascination des chrysanthèmes de la postérité. On tente d’exorciser comme on peut…
Au passage, le docteur René Allendy se fait épingler sous prétexte que dans son livre (dont l’auteur omet soigneusement de mentionner le titre : Journal d'un médecin malade) il ne parle pas de son échec thérapeutique avec Artaud. Allendy l’obscurantiste de l’école psychanalytique de Paris. René Allendy l’hermétiste, le faiseur d’horoscope. Imaginez l’hérésie ! On ne joue pas avec le système solaire quand on traite du dérèglement du système nerveux et psychique ; voyons ce n'est pas sérieux. Ceci m'évoque le docteur Pierre Mabille à qui l’on avait demandé les raisons pour lesquelles il ne voulait pas soigner Victor Brauner. Ce à quoi il avait répondu : « Si je faisais une telle chose, je lui retirerais tout son génie. » Cette réflexion n’a pas eu effet d’électrochoc sur ses confrères, hélas…
Au bout du compte, force est de constater que Ferdière doit son nom inscrit tristement dans l’histoire grâce à Artaud. Le titre du livre en atteste : Ferdière, psychiatre d’Antonin Artaud. Reste à savoir lequel des deux noms suscite le plus d’intérêt. Il faut bien vendre sa copie… Qui a lu les Mémoires de Ferdière ? Emmanuel Venet reconnaît, avec un regret non dissimulé, le peu d’intérêt qu’en représente la lecture. Sans doute, ces Mémoires trouvent-elles au moins le salut dans l’oubli.

Fabrice PASCAUD


 

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