Si, selon le hasard qui orchestre l’harmonie du pas, vous passez un jour rue La Rochefoucault à Paris, prenez le temps de vous arrêter au numéro 14 pour visiter le musée Gustave Moreau. Cet atelier, cette maison où travailla et vécut l'artiste peintre Gustave Moreau compte parmi les plus beaux musées qu’il m’ait été donné de voir. Outre l’impressionnante présence des œuvres, l’atmosphère y est unique, un autre temps nous enveloppe ; le mythe et la féminité reprennent ici tout pouvoir. André Breton rêvait de s’y laisser enfermer la nuit pour regarder les toiles à la lueur de la flamme d’une bougie. Cet espace où se dressent Prométhée, Orphée, Jupiter fut une révélation pour le fondateur du surréalisme : « La découverte du musée Gustave Moreau, quand j’avais 16 ans, a conditionné pour toujours ma façon d’aimer. La beauté, l’amour, c’est là que j’en ai eu la révélation à travers quelques visages, quelques poses de femmes. Le type de ces femmes m’a probablement caché tous les autres : ç’a été l’envoûtement complet. » écrit-il dans Le surréalisme et la peinture.
Pour ma part, dans ce haut lieu du merveilleux et de la poésie, j’aime m’y réfugier lors de mes moments d’errance entre loups et chats. Le poids du monde m'abandonne pour ouvrir sur d’autres horizons imaginaires. Le musée Gustave Moreau c’est aussi un inoubliable souvenir lorsqu’en 1998, au pied de son superbe escalier, je fis une conférence portant sur les liens symboliques entre André Breton et Gustave Moreau. Pouvez-vous imaginer le vertige qui me saisit en ces instants uniques ? L’égrégore s’imposait de sa toute puissance et me dictait la parole de l’autre versant du monde. Aujourd’hui encore, j’en garde une émotion indicible.
À présent, je vous invite à explorer cette œuvre, ce lieu mais ce film ne saurait remplacer la visite réelle qui ouvre la brèche vers le surréel.
Fabrice PASCAUD
Site du Musée Gustave Moreau