Lettres à Aube

Je vous signale cette première publication de la correspondance d'André Breton.
Prix : 28€

 

C’est toujours avec une certaine appréhension que l’on jette l’œil dans la correspondance d’un auteur. Le sentiment d’intrusion s’installe d’emblée ; l’invitation à regarder par le trou de la serrure oblique la perception, à quoi bon ! l’œuvre seule suffit. Il est vrai aussi que la vie et l’œuvre d’André Breton ne font qu’une, n’oublions pas la quête surréaliste celle du point sublime qui tend, entre autres, à régler le divorce entre le réel et l’imaginaire. André Breton nous a également parlé de cette maison de verre qu’il habitait, n’étant pas l’homme de l’opacité, du secret, bien au contraire.
Vous aurez donc compris que j’ai abordé la lecture de cette correspondance avec réserve.
Que dire ? L’émotion m’a de suite saisi. Apparaît un homme d’une grande tendresse, d’une attention de tous les instants envers, comme il le dit, sa chère petite fée Aube. Un père en somme trop fréquemment séparé de sa fille et qui cherche à briser la distance. Cette fragilité parcourt chacune de ses lettres et rend l’homme encore plus attachant, la poésie, qu’il mettait au dessus de tout, y est présente. Mais cette précision est-elle nécessaire lorsque l’on sait la charge révolutionnaire que Breton plaçait dans l’amour et la poésie ? Ces lettres en témoignent. Contrairement à l’image sans cesse véhiculée, nulle trace d’autoritarisme, mais juste l’expression d’une inquiétude, bien légitime, qui transperce lors des remarques, pour ne pas dire des remontrances qu’il se sent tenu de faire face aux résultats scolaires d’Aube. La parole d’un père qui cherche à transmettre des valeurs, les siennes. Certes, l’anecdote ne manque pas, mais qu’attendre d’autre d’une correspondance qui n’a pas pour finalité d’être publiée ? Breton fait donc part de ses difficultés à la fois de santé et matérielles qui furent nombreuses et constantes (contrairement aux crétineries qui ne cessent d’être dites qualifiant Breton de marchand de tableaux et assidu des salons mondains ! J’ai encore lu ce genre de « saloperies » sur internet dernièrement).
Reste cependant cette question : La pertinence de cette publication ? Pour ma part, je suis partagé. Cette lecture n’ayant fait que préciser ce que j’avais toujours pressenti : Breton un homme qui aimait à cœur et ciel ouverts selon les aléas des blessures et des orages.

Fabrice Pascaud

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Commentaires (16)

1. guy ducornet 23/08/2010

Mais oui, la saloperie, la salauderie, l'insondable et increvable connerie prétentieuse (et diplômée ou non) résistent à tous les antivirus, c'est ainsi et je suis mal payé pour le savoir... Mais que, grâce à Aube, nous puissions dès maintenant soulever le coin de ce pudique voile-là, quelle pure émotion !... Une fois de plus, il n'y aura que ceux qui n'ont pas aimé qui y trouveront encore à redire, à cracher leur médiocrité, hélas!

2. Pascale B. 04/12/2009

Ce fut un superbe rendez-vous d'Amour poètique, d'amitiés chaleureuses le long des chemins de traverse, de partage dans leur quête d'agates...
Un rendez-vous dont l'Aube est toujours présente, creuset de sa tendresse, de ses attentes, de ses colères contenues parfois.
Il en sort une évidence: je m'en vais de ce pas réinstaurer les pensées d'une mère pour ses enfants absents sur des cartes postales qu'ils trouveront lorsqu'ils reviennent au lieu de laisser fuir ces mots d'Amour qui nous submergent parfois, souvent, passionnément.
Oui, une tendresse me submerge pour ce papa d'Amour.

3. Max Vincent 19/11/2009

Avez-vous, Fabrice, des précisions sur un éventuel projet de publication de la correspondance d'André Breton ? Celle des "Lettre à Aube" est elle l'exception qui confirme la règle ? (il faudrait attendre 2016 si j'ai bien compté).

4. Arcane 17 04/11/2009

@ François-René : Ô vénéré, vénérable numérologue ! ton esprit passionné et bouillonnant t'a fait commettre une erreur de calcul : 1952 - 16 = 1936 et non 1935 ! Tu ne recevras pas le 4e degré d'initiation en numérologie.
Souhaitons que la chère grande fée ne te transforme point en nénuphar

5. françois-René Simon 04/11/2009

Voyons un peu :
beau printemps de 1952-16 = décembre 1935
novembre 2009 - décembre 1935 = prochainement 74
J'aurais dû faire mes calculs avant !
Pardon, chère grande fée !

6. Arcane 17 02/11/2009

@ SPiRitus : merci pour vos paroles. La vigilance s'impose car nous n'avons pas fini des les entendre !
@ François-René : Je m'accorde sur le fond de ton commentaire. Mais une petite correction cependant : Aube aura 74 ans en décembre prochain et non 75. Cette précision par pure élégance, n'allons pas trop vite dans le temps, et ce, même si l'or s'y cache.

7. François-René Simon 02/11/2009

La pertinence de cette publication ? Aube, qui a aujourd'hui 75 ans (comme on peut le déduire de la lettre à Ecusette de Noireuil) a tenu à superviser elle-même cette parution. S'il avait fallu attendre 2016, peut-être n'aurions-nous pas eu ce non seulement beau mais joli livre.

8. SPiRitus (site web) 02/11/2009

Cher Fabrice,

les guillemets sont superfétatoires. Les saloperies, les rengaines héritées des contempteurs qui font métier de ne pas lire, n'en méritent pas. Ce sont des saloperies. Le mot est juste. Et c'est là qu'apparaît la nécessité d'une telle publication : elle classera définitivement ceux qui continueront de reprocher à Breton son intransigeance ou la vente de tableaux, parmi les salops, ceux-qui-ne-le-lisent-pas. Les Lettres à Aube feront, une fois pour toutes, la lumière sur le crépuscule des imbéciles.

9. Pascale B. 02/11/2009

Le livre commandé auprès de mon petit libraire n'est toujours pas arrivé mais j'ai acquis la patience si paradoxale au désir si vite consommé de notre société actuelle (et de mon commentaire cité ci-dessus). Le temps ici n'a pas la mesure d'une montre ou d'un calendrier(sorti du monde du travail et de l'internet bien sûr ),il s'allonge ou se fuit suivant la saison des pluies
Mais sans l'avoir encore lu, ce que je pense de ton ressentir partagé de cette publication?
Autant, toute amoureuse de Nadja que je suis j'ai pu rejeter ses lettres à Breton mises en vente aux enchères et qui me paraissaient pur voyeurisme car pour la plupart exemptes de poèsie, autant je prendrais entièrement plaisir à me laisser bercer par les lettres à Aube si elles contiennent la Poèsie, celle qui échappe à celui qui l'écrit et celle à qui elle est destinée pour parcourir le regard profond de celui ou celle qui le lit.
Les mots deviennent universels lorsqu'ils sont miroirs de Beauté.
Les poèmes sont ainsi faits et André Breton fut un poème d'Amour et de Revolte dans ses moindres recoins.

10. Arcane 17 21/10/2009

@ Henri Lambert : quelle surprise agréable de vous lire. Il va sans dire que vous êtes ici chez vous et serez toujours le bienvenu !

11. Henri Lambert (site web) 21/10/2009

Votre site exemplaire et du plus grand intérêt éclaire la pensée surréaliste d'un jour nouveau.

Nous vous en sommes vivement reconnaissants.

Très cordialement.

Henri Lambert (petit fils de Clovis Trouille)

12. Pascale B. 20/10/2009

au Temps, je cherche l'or de l' Aube:-)
j'ai commandé le livre et je voudrais qu'il m'arrive vite, si vite...
au diable ma patience d'îlienne si d'autres vont beau temps.
Je rêve sa maison de verre comme lui aurait rêvé mon chateau de cristal, avec pour seule indulgence notre point de fuite.
Tendresse

13. Pascale B. 20/10/2009

ah, quel plaisir cela doit être!! Je vais le faire venir sur mon île et le déguster à l'ombre des palmiers

14. Océania (site web) 19/10/2009

Je suis impatiente...

15. Arcane 17 18/10/2009

@ Dominique : oui, l'aube en soi qui nous laisse en alerte comme le murmure de la sirène des profondeurs.

16. Dominique Hasselmann (site web) 18/10/2009

Souvenirs à revenir... et puis cette inauguration d'une place André Breton à Paris, il faudrait rechercher sur un blog fantôme désormais, mais l'aube est aussi à venir.

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