La recherche du Merveilleux au quotidien
mercredi 16/04/2008 à 06:13 |
Pascale B.
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La recherche du Merveilleux au quotidien telle que l'entendait A. Breton est-elle encore source d'avancée dans notre monde actuel où toute dérivation des réalités de la vie est prise pour un "passe-temps" que l'on s'octroie alors que les "urgences" foisonnent?
Quelle est la position actuelle, ou plutôt de quelle manière percevons nous la création surréaliste de nos jours à supposer qu'elle existe encore? (il va de soit qu'elle existe encore pour moi mais beaucoup sur le petit nombre qui s'y intéresse s'interroge sur ce point)
j'ai lancé cette question comme ça, non pas pour disserter mais parce que c'est un sujet qui m'intéresse et encore plus, les réponses qui pourraient être données.
Bisous |
ARCANE 17
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mercredi 16/04/2008 à 07:47 Merci Pascale d'ouvrir le forum et ce avec des questions qui demandent mûres réflexions. Je prendrai le temps de t'y répnodre. En attendant, j'espère qu'elles susciteront quelque réactions chez d'autres.
À bientôt donc. |
Charp
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dimanche 11/05/2008 à 18:48 La recherche du merveilleux au quotidien est affaire de sensibilité poétique. le merveilleux est partout, et de tous les instants.
Voir le superbe texte de Péret, connu sous le titre "La parole est à Péret".
L'avancée, ou non, n'a de sens que dans un cheminement personnel, et échappe au "passe-temps" par ce qu'on est prêt à y jouer de sa vie.
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Pascale B.
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Merci 'avoir pris la peine de répondre Charp, c'est appréciable.
Si la recherche du merveilleux permet de garder l'esprit en alerte vers les échappées, je ne crois pas que celles-ci soient une affaire personnelle mais bien collective.
Autrement dit, je ne m'émerveille pas pour le seul plaisir de m'émerveiller, le dérèglement des sens ou de la pensée n'a de sens que s'il s'ouvre sue d'autres dérèglements qui ne seront pas miens mais autres. Et ce cheminement est tout sauf personnel, va et doit aller au-delà du moi pour rejoindre un collectif.
Il n'y a d'avancée que si le merveilleux rebondit pour se recréer autre. Je pense que le cheminement personnel n'en est que le moyen, le but étant d'atteindre une liberté de la pensée qui serait l'affaire de tous.
A moins que l'affaire de tous serait de nous mener à un cheminement personnel?
Le cloisonnement qui amenerait à cette pensée ne me plairait guère 
Mais l'individualité de notre époque me fait douter des buts aussi bien que des moyens.
Oui je l'avoue, je me pose des questions sur la portée de cette phrase d'A.Breton par exemple, des questions sue la portée qu'elle peut encore avoir sur le collectif: "Chaque fois qu'un homme aime, rien ne peut faire qu'il n'engage avec lui la sensibilité de tous les hommes. Pour ne pas démériter d'eux, il se doit de s'engager à fond"
Et si les hommes n'avaient cure de cet engagement? |
charp
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Houlà. Tant de belles questions qui me sont chères, et auxquelles je ne pourrai ici répondre qu'en manquant de nuances!
L'émerveillement, le dérèglement (raisonné! disait Rimbaud) des sens doit exister en absence de tout but. C'est un haut abandon, pas un moyen au service d'un but, quel qu'il soit, collectif ou individuel. Le merveilleux nie l'utile
L'au-delà du moi, cet Autre (encore Rimbaud,ou Nerval) n'est pas cloisonné, mais arachnéen. Le hasard objectif, seule tentative suivie, à mon sens de répondre à l'exigence de Breton de "pratiquer la poésie" révèle un réseau de liens entre soi et le monde qui échappe à son cloisonnement. C'est d'ailleurs un peu le sens de la phrase de Breton que vous citez. Même dans son expression la plus individuelle, la poésie, l'amour, engage plus que l'individu. Sans qu'il soit nécessaire d'en faire une condition. Il y cette autre phrase connue de Breton: "L'étreinte poétique comme l'étreinte de chair / Tant qu'elle dure / Défend toute échappée sur la misère du monde."
A l'inverse, l'autre réponse donnée à l'exigence de Breton, (si on excepte l'art) le fut dans le cadre collectif du groupe. Si cette activité collective a permis bien de superbes éclosions, a été parfois une aventure des plus bouleversantes, comme elle a aidé à résister, elle était elle autrement plus cloisonnée, et génératrice de conformismes, que les aventures menées en marge.
"L'individualité de notre époque" est une illusion. Ce soi-disant individualisme n'est qu'une capitulation totale de l'individu aux exigences de la société. C'est soit une course à qui se soumettra le plus vite au diktat conformiste pour obtenir une "reconnaissance" qui n'est que négation de l'individu, soit une tour d'ivoire, déjà plus sympathique, mais intenable. Et qui n'est pas "de notre époque".
Le collectif, l'arachnéen, ce n'est pas le social. Celui-ci a ses règles et ses exigences propres. L'homme est un être à la fois, mais pas en même temps, individuel et social.
Je crois moins dans la fusion de ces deux versants de sa nature que dans la claire distinction des deux -qui ne sont pas deux champs séparés, mais deux mouvements inverses dans le même champ -individualisation et socialisation.
C'est à cette condition, dans l'ouverture au plus large du compas de la condition humaine, que l'on peut espérer résoudre, ou du moins vivre, cette contradiction inhérente à sa nature.
Pour moi, l'engagement révolutionnaire et le merveilleux poétique n'ont rien à gagner à se confondre, et je garde plus d'espoir dans leur nette différentiation. Ce en quoi, je m'éloigne un peu de la position "traditionnelle" du surréalisme.
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arcane 17
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Charp : non, vous ne vous éloignez pas du surréalisme (le mot tradition étant à bannir en la circonstance). Les surréalistes ont toujours rejeté la poésie dite de circonstance, celle qui colle au terrain sociale en contestant par versification bien souvent. C'est de la poésie claudicante ! Rimbaud a dit : "La poésie ne rythmera plus l'action, elle sera en avant !" Les surréalistes ont fait leur cette injonction et, par exemple, Péret en est un exemple remarquable. "Le déshonneur des poètes" qui répond à "L'honneur des poètes" du stalinien Eluard éclaire admirablement le sujet.
Votre analogie entre le collectif et ce que vous nommez "l'arachnéen" me laisse un peu perplexe. Quelle mouche doit-on attendre (nulle ironie de ma part dans cette question) ? À moins que vous songiez à une araignée pythonisse ! Dans ce cas, je suis prêt à me laisser "capter" par ses fils ô combien libérateurs.
Il est vrai que la quête du point sublime ne peut s'entreprendre qu'individuellement. Mais n'oublions pas que l'empreinte laissée n'interdit pas mais invite à suivre la voie.
Vous avez raison d'insister sur le fait que Rimbaud à pris soin de préciser "l'immense et "raisonné" dérèglement de tous les sens". Nombreux sont ceux qui occulte le mot raisonné pour ne garder que le dérèglement, laissant ainsi la porte ouverte à un soi-disant lâcher-prise synonyme d'abolition de touit conditionnement. Inexorablement, cela conduit à confondre la corde du fakir avec le serpent à sonnette. |
Charp
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Effectivement, le texte de Péret que vous citez - et qui est souvent publié en compagnie de celui que je citais plus haut- est des plus clairs.
Mais justement, il défend l'idée que le "poète est révolutionnaire" parce que poète. Et
l'engagement de Péret, tant surréaliste que politique, a pâti à mon sens de vouloir trop concilier ce qui doit garder son autonomie.
Arachnéen? Non pas de cette "araignée pythonisse" dont j'ignore tout, -hélas?- mais de cette toile qui se tisse entre les individus menant chacun leur cheminement, et cela particulièrement dans le cadre du hasard objectif (je renvoie, ici encore à l'œuvre de Claude Tarnaud, en particulier "Le journal de la Marie-Jeanne") . On pourrait parler d'interdinvidualité, ou de compagnonnage. Un collectif fondé uniquement, -ou presque, sur le rapport de l'un à un, et opposé là au "groupe". Et surtout un rapport entre les êtres fondé sur les rencontres, les croisements. Y compris avec les empreintes laissées, qu'il ne s'agit pas de suivre à la trace, mais de croiser avec son propre chemin. Cette mouche vous paraît-elle assez ailée? :-)
Tout cela il est vrai reste vague.. qu'est-ce qu'un cheminement, qu'est-ce déjà que ce point sublime, en fait ... mais se mettre sur la route, même sans autre guide que la sensibilité au merveilleux et le sentiment d'un appel en soi/dans le monde, constitue pour moi un poitn de départ essentiel. |
arcane 17
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J'avoue avoir du mal à comprendre cette opposition que vous faites entre une pratique révolutionnaire de la vie et l'activité poétique. Péret les surréalistes n'ont jamais chercher à "fusionner" l'activité, la quête poétique avec la praxis révolutionnaire. Ils ont toujours fait la distinction. Si le poète se doit d'être révolutionnaire dans son rapport à la vie, en revanche sa pratique poétique ne saurait être inféodée à l'activité révolutionnaire. Je vous renvoie à cette interview sonore de Péret qui explique cela clairement : http://www.arcane-17.com/rubrique-1119721.html
Puisque vous vous référez à Tarnaud, je me permets de vous renvoyer à son livre intitulé "De" dans lequel il s'explique sur ce thème.
"Qu'est-ce qu'un cheminement ?" demandez-vous. Je pense que c'est justement l'implication de chacun dans une démarche qui tend sans cesse vers la transformation de l'homme et de là de la société. À chacun de trouver les instruments et le chemin qui sont les plus en harmonie avec sa sensibilité et ses idées. "Il y a de nombreuses demeures dans la maison de mon père" Quand la maison est trouvée, l'égarement est moins… possible. |
Charp
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mercredi 14/05/2008 à 00:14 Merci de m'avoir envoyé à ce document. Sur le plan de la discussion, ceci dit, ce sont là exactement les résumés des deux livres susdits.
C'est vrai que Péret est clair en matière d'autonomie d'activité.
Mais en allant pas assez loin dans la différentiation entre les deux domaines, il s'égare -peu par rapport à bien d'autres, mais symptomatiquement ici- des deux côtés: en politique, il ne dépasse que rarement une position de dénonciation des crimes, et son analyse du rôle des syndicats, de l'URSS ou de l'Etat est simpliste.
Dans le champ surréaliste, Péret n'est certainement pas le plus ouvert. Tant à ce qui intéresse Breton dans l'ésotérisme que dans les aventures individuelles auxquelles aspirent plusieurs jeunes surréalistes au sortir de la 2e guerre.
Le manque de différentiation consiste à faire régner dans le surréalisme une rigueur principielle, légitime dans le champ politique, mais déplacée là, et dans le champ politique, un radicalisme formel tout aussi déplacé.
Le cas de Péret est d'autant plus important qu'il est l'un des créateurs surréalistes majeurs, et d'une rare lucidité politique par rapport aux autres membres du groupe, comme Breton par exemple, mais encore bien d'autres.
Encore une fois, tout cela est bien schématique, pour une question des plus complexes, et que j'aborderai sans doute dans mes blogs, si j'en trouve le temps.
Le cheminement, tout énigmatique qu'il reste pour moi, n'a de sens qu'individuel. La société doit être transformée, et chaque être doit se transformer. Ce sont deux tâches distinctes, bien que liées. En termes politiques, il n'y a pas de cheminement, mais l'analyse, le débat et la lutte. |
Pascale B.
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mercredi 14/05/2008 à 04:44 Et bien!! en voilà des échanges d'idées qui fusent comme je les aime. Mais quelque chose me chagrine tout de même.
Ma question initiale sur le merveilleux, source d'avancée ou non , la position surréaliste ACTUELLE et sa perception créatrice de nos jours aboutit sur une discussion "pratique révolutionnaire et activité poétique". Il est clair que l'une et l'autre se sont toujours cottoyées mais ne seront jamais fusionnelles au risque d'anihiler l'une ou l'autre. Sur ce fait, nous sommes d'accord mais mes questions se portaient-elles là? les avez-vous perçues ainsi?
Il est vrai que j'ai parlé de collectif, d'engagement et d'avancée sur le monde mais aucunement de politique ni même d'un essai de rapprochement quelconque. Nous avons vu les scissions et exclusions que cela a engendré par le passé.
Je ne nie pas l'intérêt du sujet et je vous assure vous lire avec plaisir mais... à moins de n'avoir pas su voir entre les lignes une réponse à mes questions, celles-ci restent entières  |
ARCANE 17
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mercredi 14/05/2008 à 20:24 Charp : Lorsque vous dites que Péret n'est pas allé assez loin "dans la différentiation entre les deux domaines" qu'entendez-vous précisément ? Péret a été l'incarnation de ce que vous nommez "différentiation". Son engagement révolutionnaire et son engagement poétique sont indiscutables et incontestables ! Il a mené les deux de front sans jamais les faire s'épouser. "Les syndicats contre la révolution" (1968) co-écrit avec Georges Munis est un livre d'une éclatante lucidité, d'autant plus lorsque l'on voit ce que sont devenus les syndicats de nos jours… Il est regrettable que ce livre ne soit pas réédité car il est lourd d'enseignement. Péret était certes fermé aux questions d'ordre métaphysique (et encore, ce n'est pas si sûr) et ésotérique. Mais le surréalisme n'est ni un groupement occulte, ni une société secrète pas plus qu'une loge ésotérico-maçonnique. C'est cela qui en fait toute la complexité mais aussi la richesse. Ouvrons quelques instant la revue Minotaure. La pluralité et l'ouverture sur différents champs de connaissance s'y déploient avec intelligence et acuité. Astrologie, psychanalyse, alchimie, ethnologie, poésie, etc s'y côtoient sans pour autant se heurter car chacun s'unit à l'autre vers un même objectif : la refonte totale de l'entendement humain, comme Breton le précisait dans l'allocution qu'il avait faite à l'occasion de la soirée consacrée à Antonin Artaud au théâtre du Vieux Colombier. Ainsi un homme comme Péret trouvait parfaitement sa place dans le mouvement surréaliste.
Dans le jeu surréaliste "Ouvrez. N'ouvrez pas" À la question posée à Breton : "Karl Marx frappe à votre porte, que faites-vous ?" Réponse de Breton : " Je n'ouvre pas par ennui." Cette réponse est suffisamment éloquente. Dans les dernières années de sa vie Breton était revenu vers l'Hermétisme. De nombreux surréalistes d'alors voyaient d'un très mauvais œil cet intérêt ; il avait même été question d'exclure Breton du groupe (mais je pense que vous connaissez l'histoire). Il y a un poème de Breton dédié à Pierre Mabille extrêmement éclairant, c'est le poème Pleine marge (1940), ce passage :
"(…) Maître Eckhardt mon maître dans l'auberge de la raison
Où Hegel dit à Novalis Avec lui nous avons tout ce qu'il nous faut et ils partent
Avec eux et le vent j'ai tout ce qu'il me faut.
Jansénius oui je vous attendais prince de la rigueur
Vous devez avoir froid."
Écrit en 1940, cela laisse songeur, n'est-ce pas. Et je suis surpris que cela n'ait pas déclenché quelque réaction au sein du groupe d'alors. Mais qui sait…
Pascale : tu connais suffisamment ma position aussi est-ce pour cette raison que je ne t'ai pas répondu de suite. Ma motivation étant de laisser la parole à d'autres… C'est du reste l'objectif de ce site et je dois reconnaître que le mutisme gouverne…
Cette précision faite, s'il n'y avait la vibration surréaliste que j'associe au merveilleux, eh bien, il manquerait du sens à ma vie ! L'intelligence libre que donne le surréalisme est une telle force dans ce monde qui ne marche même plus sur la tête car il en est démuni. Cette phrase de Breton ne cesse jamais de m'habiter "La misère de notre univers ne dépend-elle pas essentiellement de notre pouvoir d'énonciation ?" ou celle-ci : "Toute erreur d'interprétation dans l'homme entraîne une erreur d'interprétation dans l'univers." Dans cette dernière citation, la préposition "dans" insiste bien sur le fait que l'un contient l'autre et de là leur interférence. La quête du point sublime ? Assurément ! C'est vers ce point qu'il faut tendre… dans le désespoir le plus enchanteur. |
Pascale B.
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D'accord Fabrice, laissons la porte ouverte aux éventuels ressentirs. Tu sais combien ce ressentir trouve sa place chez moi |